Quand j'étais jeune
Je pense qu'on est tous en dépression parce qu'on a grandi en pensant que notre futur ce serait ça :
Naturellement, nous sommes déçus.
Retour en arrière : nous sommes en 2011, je viens d'arriver à Londres pour m'y installer, mais les premiers mois sont très difficiles.
Trouver du travail, trouver un toit, tomber sur des gens particulièrement horribles… Bien sûr tout cela fut très formateur.
Quand j'avais quitté la France tout le monde m'avait dit "tu vas voir l'Angleterre c'est super, les gens sont gentils, même si tu ne parles pas la langue tu trouves du boulot, toi en plus tu parles anglais ça va être super, vazy vis ton rêve hihihi" ben en fait non, pas du tout, mais merci à tous de m'avoir raconté n'importe quoi, si j'avais su à quel point j'allais en baver je n'aurais jamais osé partir, et j'aurais raté la meilleure expérience de ma vie.
Comme quoi, hein.
Enfin bon, je gagnais tellement peu d'argent (£786 par mois), je vivais dans une colocation bizarre (£330 pour une toute petite chambre), les transports étaient hors de prix (£110), quand je faisais les courses je guettais les promos et bien sûr je faisais une croix sur le shopping. Quand il fallait me racheter un pantalon parce que j'avais troué le précédent c'était £20 et c'était le drame donc ma foi, c'était la sobriété pas du tout choisie.
Tout ça pour dire qu'un jour j'étais chez Hamley's, le magasin de jouets géant (je crois qu'il y a quatre étages) qui se trouve sur Regent Street.
Au passage, je te conseille d'y aller si tu visites Londres, j'ai toujours considéré que ce genre de grands magasins c'est pour regarder et pas pour acheter des trucs. Même si maintenant je gagne mieux ma vie, je continue à entrer dans plein de magasins sans aucune intention d'arriver à la caisse. J'aime bien le côté musée contemporain de la consommation qu'ont certaines enseignes, je n'envisage pas de leur laisser mes sous mais j'aime bien consulter ce qu'il y a dans les rayons.
👀
J'étais à Hamley's, donc, et je suis tombée sur leur rayon Sylvanians Family. Je n'en avais jamais vu autant, j'étais bluffée, et j'ai passé un long moment à regarder toutes les boîtes (et tous les prix). Bien sûr j'étais trop grande pour jouer à ça, mais petite j'ai eu deux figurines et je les aimais beaucoup.
Je me souviens que je m'étais dit qu'un jour, quand acheter quelque chose d'aussi peu utile à ma survie quotidienne serait à nouveau possible, je reviendrai et je m'achèterai une boîte.
Je survivais avec les sommes citées ci-dessus, dans un boulot de vendeuse dont je n'arrivais pas à m'extraire, et il m'a fallu deux ans (DEUX ANS BON SANG !!!) pour trouver quelque chose d'à peine mieux.
(Deux ans à courir, deux ans à envoyer mon CV partout, deux ans à multiplier les entretiens d'embauche, deux ans de refus, deux ans à me détester d'être aussi nulle, avant de comprendre, mais bien plus tard, combien j'étais tombée à la pire période pour trouver du travail à Londres).
Tout ça pour dire que deux ans et demi plus tard je sais que je suis revenue, que j'ai scruté tout le rayon (oui, durant ces deux ans et demi j'étais repassée quelques fois, je savais déjà quelle boîte je voulais) et après avoir bien réfléchi, j'ai acheté (£14,50) le set avec : la demoiselle lapin, sa robe, son vélo, sa paire de jumelles, son pique-nique et ses magazines sur le thème de la nature.
Parce que c'était mon rêve je crois, me promener dans les parcs, observer les écureuils, et avoir une jolie robe évidemment.
Tu es ma-gni-fique ma chérie
J'ai toujours cette figurine et ses accessoires quelque part. Je ne sais pas si je vais la garder.
J'ai bien lu Marie Kondo et ça m'aide pas mal à me séparer de mes objets (si tu me connais, tu sais qu'on part de loin).
Quand j'ouvrirai le carton où elle se trouve, on verra bien.
Cela a représenté tellement de choses pour moi, c'était dérisoire et entièrement hors de portée, et je ne sais pas si c'est encore d'actualité.
En conclusion :
Ce n'est pas tout de se faire des promesses bizarres.
Encore faut-il les tenir.
Et puis, un jour, les lâcher.


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